Il faudra que je fasse un lavage, demain. Ça fera un évènement dans la journée.
Aujourd’hui, il n’y a pas eu d’évènement. La visite d’un chat roux ce matin sur la terrasse, mais non, ça ne suffit pas, ça n’est pas un évènement.
La journée s’est écoulée longue, épaisse et diaphane tout à la fois. Un sirop gris-blanc, ni salé ni sucré. Toute la journée, un vent imperceptible, même si les branches d’arbre bougent, aucun oiseau. Une ou deux guêpes, d’apparence engourdie. Des faux-bourdons.
J’ai eu l’air d’un touriste en vacances toute la journée, dans mon chandail rayé, mes culottes beiges, en lin. Je n’ai d’ailleurs eu l’air de rien, comme personne ne m’a vu. La terrasse est ceinturée d’arbres, de coal-tar, de briques, ne débouche que sur le ciel.
J’ai jonglé toute la journée avec l’idée d’un verre de tequila/jus de mangue, mais j’ai résisté. Une journée sans alcool par semaine, minimum. J’ai grignoté un peu de mush à la place, un demi muffin au pot, juste de quoi rendre l’écoulement du temps plus fluide.
Demain, donc, je vais démarrer en trombe, balancer le linge sale dans la laveuse. Il faudra ensuite suspendre chaussettes et bobettes (à l’intérieur, vu la pluie qu’ils annoncent), et passer tout le reste à la sécheuse. Avant même le dîner, j’aurai accompli quelque chose. Et la pluie sera comme une permission, une permission de ne rien faire pour le reste de la journée. Ce qui nous mène au jour suivant.
Il y aura bien sûr les objets, lourds, malfaisants. Les mêmes lignes droites qui définissent l’espace de mon appartement. Les osti de lampes au LED. La patère toujours pleine. Mon orthèse, barrée à quatre vingt-dix degrés. Les pastilles d’alertes, comme si quelque chose d’important se produisait, allait de produire.
Comme s’il était encore une fois.
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