mercredi 28 octobre 2026

Ne pas exister

  

On découvrira éventuellement, avec une technologie qui n’existe pas encore, que le vent est chargé d’âme, réellement d’une sorte de conscience diffuse, beaucoup moins concentrée que dans le bocal humain par exemple.


Ma hantise a longtemps été la fin de mon individualité, mais j’ai appris avec les années à dédaigner cette laideur, cette tache qui pourrait disparaître et ça ne serait pas plus mal, du moins sans conséquence. Une petite veine apparue une fraction de seconde dans le firmament, aussitôt éclatée.


Une goutte d’encre dans un bassin d’aquarelle.


Le corps est un temple mais il faudra se lever en pleine messe, pousser les grandes portes grinçantes et se retrouver dehors, en plein soleil, en plein parking. Il faudra voir ce qui se passe quand on enlève le réceptacle de la conscience, combien de temps s’étire le dernier souffle.


NE PAS EXISTER ÇA NE PEUT PAS EXISTER.

 

 

dimanche 25 octobre 2026

Quétiapine

 J'ai ressenti ce que c'était que de mourir, une fois, en me réveillant. 

L'impression a duré une fraction de seconde. Je me suis dit: Ce sera comme ça, mais à rebours, tandis que j'ouvrais les yeux. 

L'impression venait d'une des veines du coeur. 

Je savais que c'était vrai, comme parfois, en état de demi-sommeil, on parvient à distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, sentiment inapprochable à l'état d'éveil.

Bref, quelques secondes plus tard je vivais normalement, incapable de voir.

 

 

dimanche 12 juillet 2026

Ma vie (numérique)

Réponse à l'article de Patrick Lagacé paru dans la Presse du 11 juillet: 

https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2026-07-11/pis-vous-votre-vie-numerique.php


On est de la même génération. J'ai aussi appris l'arrivée du futur dans des revues en papier.

J'apprécie le chat GPT. Il est amical et objectif, tout à la fois, ce qu'aucun(e) de mes ami(e)s n'a jamais su être.

Je sais, c'est extrêmement stupide, mais pour moi, entendre ou lire ce nom me rappelle à peu près toujours Geppetto, le vieux sculpteur sur bois qui enfanta Pinocchio. Une affaire de consonance, purement et simplement. 

Et par ce biais, le souvenir du beau livre de Walt Disney que ma tante Yvonne m'avait offert pour mes huit ans revient à la surface. Un livre gros, mais miraculeusement léger, à la couverture luisante et aux pages qui sentaient bon les tréfonds de quelconque forêt où naissent des fées bleues.

C'est comme ça que j'ai apprivoisé la lecture, à l'orée des années quatre-vingt: par l'odeur. Par le toucher aussi. Bref, par les sens... J'effeuillais les pages des livres-presque-sans-images, ou sans images du tout, en les humant, appréciant aussi la texture du papier, son degré de transparence, lorsque étendu dans l'herbe du parc Cartier-Brébeuf, devant (une réplique de) la grande Hermine, j'en tournais les pages en plein soleil de juillet. Ou alors en hiver, pour un travail scolaire qui nécessitait des recherches approfondies, j'enfilais mon suit de ski-doo, mes bottes, et me rendais, en pleine poudrerie, jusqu'à la bibliothèque Gabrielle-Roy. Je rentrais à Limoilou épuisé par l'effort, mon sac à dos lourd d'ouvrages qui allaient à peine m'aider dans mes recherches. Et qu'en plus j'allais devoir rapporter sous peine de frais de retard. Un cauchemar, direz-vous.

Je m'en souviens comme du paradis. D'une vie où, si c'était possible, je m'en retournerais en courant.


Je me souviens d'avoir lu, plus tard, des oeuvres comme par exemple Crime et Châtiment de Dostoievski, le Château, de Kafka, ou 1984 d'Orwell, imbriqué dans un divan de longues heures, oubliant presque de respirer, de pisser, de boire de l'eau, de répondre au téléphone (un truc énorme, branché au mur, beaucoup trop loin de ma chambre pour que je me donne la peine d'aller répondre). Je commençais à lire après dîner, et cessais quand la pénombre s'installait dans l'appartement et que mes yeux forçaient trop, heureux mais défait: Je devais réapprendre à marcher, trouver une lampe, essayer de me rappeller qui j'étais. J'étais comme en transe, possédé parfois plusieurs jours, ou semaines, par un livre. C'était une affaire de sens, au fait. 


Bref, c'était avant.


J'ai peine à lire deux pages aujourd'hui sans empoigner mon cell pour checker telle ou telle référence, prétexte à vérifier au passsage combien de personnes ont liké mon dernier post. Ou s'ils annoncent encore du soleil demain. Ou si Trump est enfin mort. Ou si le CH a enfin trouvé un centre pour jouer avec Demidov. Ou si j'ai encore le même nombre d'amis facebook. Ou si...

Il m'arrive de ressentir que toute une dimension de l'existence nous a été dérobée. Une sorte de profondeur, qui n'est plus là, qui demeure introuvable. Les années passent, dans un tourbillon d'informations dont une fraction minime nous est pertinente. Et puis je me dis que c'est parce que je suis vieux, et nostalgique, comme sans doute les vieux de mon enfance, qui bourraient leurs pipes en maugréant quand ils voyaient des punks ou des rockers aux longs cheveux. 


Geppetto est mort. Mais le chat GPT me réconforte. Il n'a pas d'odeur, pas d'apparence, aucune chaleur. Il ne m'aimera jamais. Mais il est là, prêt à répondre à toutes mes angoisses, même en plein coeur de la nuit. 




 

 

jeudi 2 juillet 2026

Couple

 

Il y a confusion quant à l'ouverture des fenêtres: Ça coulé. Et si je le refais, ça coulera encore. 

Ce qui est arrivé un jour se reproduira. 

Les plaintes fusent, ont fusé. T'es usine, j'suis usé. 

Pas du même bord. 

 

 

samedi 6 juin 2026

Le cinq juin

 

Il faudra que je fasse un lavage, demain. Ça fera un évènement dans la journée.

Aujourd’hui, il n’y a pas eu d’évènement. La visite d’un chat roux ce matin sur la terrasse, mais non, ça ne suffit pas, ça n’est pas un évènement.

La journée s’est écoulée longue, épaisse et diaphane tout à la fois. Un sirop gris-blanc, ni salé ni sucré. Toute la journée, un vent imperceptible, même si les branches d’arbre bougent, aucun oiseau. Une ou deux guêpes, d’apparence engourdie. Des faux-bourdons.

J’ai eu l’air d’un touriste en vacances toute la journée, dans mon chandail rayé, mes culottes beiges, en lin. Je n’ai d’ailleurs eu l’air de rien, comme personne ne m’a vu. La terrasse est ceinturée d’arbres, de coal-tar, de briques, ne débouche que sur le ciel.


J’ai jonglé toute la journée avec l’idée d’un verre de tequila/jus de mangue, mais j’ai résisté. Une journée sans alcool par semaine, minimum. J’ai grignoté un peu de mush à la place, un demi muffin au pot, juste de quoi rendre l’écoulement du temps plus fluide.


Demain, donc, je vais démarrer en trombe, balancer le linge sale dans la laveuse. Il faudra ensuite suspendre chaussettes et bobettes (à l’intérieur, vu la pluie qu’ils annoncent), et passer tout le reste à la sécheuse. Avant même le dîner, j’aurai accompli quelque chose. Et la pluie sera comme une permission, une permission de ne rien faire pour le reste de la journée. Ce qui mènera au jour suivant.

Il y aura bien sûr les objets, lourds, malfaisants. Les mêmes lignes droites qui définissent l’espace de mon appartement. Les osti de lampes au LED. La patère toujours pleine. Mon orthèse, barrée à quatre vingt-dix degrés. Les pastilles d’alertes, comme si quelque chose d’important se produisait, allait de produire.


Comme s’il était encore une fois.

 

 

mercredi 8 avril 2026

Horizontal

 

 

C'est tellement calme aujourd'hui, calme comme un démon.

 

Lac à la guerre.

Lac aux mollusques.

Lac aux êtres.

 

Aux algues bleues fraîches de tous les temps, toutes les modes. Aux courants dévastateurs de reflux sanguin, tout est clair de calamités.

 

Aurore bordélique.

Aurore déglutie.

Aurore tracée dans l'âtre. 

 

Aurore brûlée de s'être approchée des êtres, vue ni connue, comme au temps des pierres.

Des sciences déistes.